Brad Pitt a du vernis sur les ongles, Rihanna a les cheveux courts, l’acteur Vin Diesel arbore une jupe, Jennifer Aniston n’est pas maman, la reine d’Angleterre porte du bleu, Antonio Banderas fait du tricot... Toutes ces célébrités apparaissent sur les dépliants anti-stéréotypes créés en septembre par Élise Morfin, habitante de Créteil, dans le Val-de-Marne. Avec ces modèles, cette maman de 34 ans veut montrer qu’il est possible pour un enfant d’affirmer ses goûts sans se soucier qu’il soit d’ordinaire attribués au genre féminin ou masculin. Surtout, elle a conçu 40 petits livrets illustrés que les enfants peuvent utiliser eux-mêmes. Ils sont imprimables gratuitement depuis son blog Maman Rodarde.

A chaque question - Les garçons peuvent-ils s’occuper des enfants ? ; Les filles peuvents-elles aimer le foot ?… - est accolée une série de photos de personnalités qui prennent les stéréotypes à rebrousse-poil. Le concept qu’a imaginé Élise Morfin est simple :

« Les enfants peuvent sortir les dépliants au moment adéquat, pour dire [à quelqu’un qui leur aurait fait une remarque] : “ Tu me dis que ça c’est pour les filles ou pour les garçons. Ben non, regarde, j’ai la preuve en image que je peux le faire ”. » 

Les dépliants ont remporté un franc succès auprès des parents et des enseignants : « Super, j’organise pour les [élèves de] 4ème et [de] 3ème une exposition sur l’égalité filles/garçons en décembre, commente une internaute après notre reportage sur Facebook. J’ajouterai cet atelier ! ». « C’est imprimé et j’en discuterai déjà lundi en classe, témoigne une autre. » 

« Se sentir humilié pour quelque chose d’aussi anodin que du vernis, ça me révolte »

Au départ, Élise Morfin cherchait une solution pour épauler son fils. Âgé de 5 ans, « il aime bien se mettre du vernis de temps à autre », raconte sa mère, qui arbore elle-même du rouge sur les ongles. Les goûts de Matéo* ne posent pas de problème dans le cercle intime, mais ils ont suscité des réticences de la part d’autres enfants et de certains adultes, notamment à l’école. Le jeune garçon dynamique a entendu plusieurs remarques qui l’ont mis mal à l’aise.

« J’ai vu mon fils se refermer comme une huître, déplore Élise Morfin. Et qu’un enfant puisse se sentir humilié par rapport à quelque chose d’aussi anodin et inoffensif que mettre du vernis, parce que c’est étiqueté féminin, moi ça me révolte. »

Cette éditrice pédagogique, qui organise bénévolement des ateliers artistiques dans la MJC de son quartier, a donc voulu lui permettre de « se défendre sans que je sois là ».

« J’ai envie que mon fils et les autres enfants puissent se sentir libres de faire ce qu’ils veulent, d’aimer ce qu’ils veulent, d’être ce qu’ils veulent, résume-t-elle. »

Au parc, Matéo montre fièrement les dépliants à ses ami-e-s : « Eden, Lolette, vous voulez que je vous montre quelque chose ? », interpelle-t-il en courant vers les deux intéressés, livrets à la main. Les trois enfants - qui ne savent pas encore lire - ont donc du mal à identifier certaines thématiques sans l’aide d’un adulte. Mais quelques sujets leur sont plus accessibles : « Ça c’est pour les femmes, décrit Matéo en dégainant les photos dédiées au foot. Tout le monde dit que c’est que des métiers de garçon ». Et armé de ses nouveaux dépliants, le petit brun constate déjà le côté saugrenu de ce vieux cliché.