Deborah Dechamps se défend bien sur un terrain de foot. Et pour cause, elle joue plusieurs fois par an, lors des réunions de famille. Mais dribbler avec ses collègues, pour le plaisir, c’était plus compliqué pour cette juriste de 27 ans :

« Dans mon ancien travail, des matchs de foot étaient parfois organisés, raconte-t-elle. Les filles étaient conviées mais il y avait surtout des garçons. Je n’ai jamais osé participer parce que je me disais que je n’avais pas le niveau pour jouer avec des mecs [...]. Il y a quelque chose d’ancré, aussi bien chez les hommes que chez les femmes : le foot, c’est une activité de garçons. »

Depuis quelques mois, la jeune femme athlétique a dépassé ces barrières et se confronte régulièrement à des hommes lors de matchs amateurs. Elle a rejoint l’organisation des Sportif·ve·s, un tournoi mixte, en région parisienne, imaginé cet hiver. Des rencontres hebdomadaires, à cinq contre cinq, doivent commencer en avril, avec au moins deux femmes et deux hommes dans chaque équipe.

C’est Adrien Fulda, ingénieur à Saint-Denis, qui a eu l’idée de ce tournoi pour contribuer à ce que « le foot soit un sport accessible à tou·te·s ». « Le côté spontané de la bande de potes, avec qui on peut organiser un foot en salle de temps en temps, c’est plutôt les garçons qui l’ont », constate le jeune actif. Dans les clubs amateurs français aussi, l’écart reste abyssal. Les 160 000 femmes inscrites l’an dernier ne représentent que 7,4% de l’ensemble des licenciées.

En permettant à des hommes et des femmes de jouer ensemble, Adrien Fulda espère « créer des espaces inclusifs pour se défouler, s’amuser et se rencontrer ». Et depuis les premiers matchs de lancement, il se plaît à constater que les écarts de niveau ne sont pas aussi grands que ce que certain·e·s joueur·se·s redoutaient : « Les filles sont parfois plus timides en arrivant sur le terrain, mais au bout de quelques minutes de jeu, on se rend compte qu’il y a des garçons qui ont un bon niveau, et d’autres qui jouent moins bien... et les filles c’est pareil. » La différence réside plutôt dans l’assurance qui permet aux uns et aux autres de se lancer.

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