C’est que la France est l’un des rares pays européen à ne pas encore disposer de banque éthique. L’Allemagne, l’Espagne, la Hollande, la Belgique, l’Italie et l’Angleterre en sont pourvus. 

Frédéric Tiberghien, président de l’association Finansol, partenaire de la Nef, considère que « La finance de marché internationale restera dominante, mais les crises à répétition qu’elle aura provoquées auront renforcé le poids d’une finance de proximité au service de l’économie réelle et transparente sur l’origine de ses ressources et emplois ».

La Nef fonctionne  avec les mêmes règles qu’une banque, simplement son  capital  est détenu par ses sociétaires, ce qui signifie qu’il n’est pas côté en Bourse et n’est pas soumis à la pression des actionnaires. Les sociétaires remplacent les actionnaires et l’investissement citoyen l’hyper-rentabilité. Une manière de faire évoluer les choses par le bas…

 

C’est ainsi qu’absente des marchés financiers, la Nef ne pratique pas la spéculation et assure ne financer que l’économie réelle. A savoir, premier critère retenu par l’Europe pour une banque éthique, financer des projets ayant un impact écologique, social ou culturel positif.

Et, second critère pour accéder au titre de banque éthique, elle revendique être la seule à publier la liste des projets qu’elle finance.

 

« Les mentalités évoluent, explique Bernard Horenbeek,  Président de la Nef. Les crises actuelles font réagir les citoyens. Personne aujourd’hui ne peut ignorer l’urgence climatique et la crise de notre modèle social ». L’enjeu est de taille, c’est bien en opposition à cette Nef des fous (ouvrage satirique du 15ème siècle de Sébastien Brant) à quoi ressemble notre monde financiarisé à l’extrême que la Nef, banque éthique, entend s’ériger et se développer. Ce monde où, selon Florent Compain, Président des Amis de la Terre , « Le système financier représente une menace pour notre avenir collectif, tant du point de vue de sa stabilité, de nos emplois et des services publics, que de la préservation de la planète ».

Eva Sadoun, cofondatrice de LITA.CO, plateforme de financement participatif visant à soutenir l’économie sociale et solidaire, résume l’objectif de la Nef : « Les outils financiers sont un véritable levier en faveur d’une économie durable, sociale et humaine. Pour restaurer la confiance et assainir le système financier, il faut que les citoyens s’approprient ses mécanismes et puissent être acteur de leur épargne et choisir ses impacts ».

 

Là où manque le politique, et particulièrement le défaut d’intervention des pouvoirs publics - notons que, depuis 2010, les entreprises ont l’obligation de proposer un fonds solidaire dans leur plan d’épargne retraite et leur plan d’épargne retraite - la Nef envisage et pratique l’argent, selon les mots de Bernard Horenbeek, comme « un instrument militant pour un autre monde. »

C’est un fait que de plus en plus nombreux sont les citoyens et les entrepreneurs sociaux qui souhaitent agir de manière responsable et citoyenne. Mais pour l’heure, la finance éthique et solidaire demeure méconnue de l’opinion publique, sur 5000 milliards d’euros d’épargne, 11 sont consacrés à l’épargne solidaire, soit 0,23%de l’épargne financière des Français.

Ainsi que l’indique Philippe Pascal, responsable du marché des particuliers à la Nef : « Les épargnants solidaires veulent que leur argent soit utile. Ils ne sont pas motivés par la performance mais ne veulent pas non plus se séparer de leur capital : c’est pourquoi ils réalisent un investissement et non un don. »

C’est entendu, la Nef offre, ici et maintenant, à qui  le sait, à qui le veut, à qui le peut, une alternative à l’actuel système bancaire dont on ne peut pas dire que l’éthique l’étouffe.